Bécassine au Tour de France

«C‘est mon tour !

Pratiquement à l’aube, vers 6 heures du matin du jour du renouveau, le 11 juillet, je suis réveillé par ce qui me semblait être des marteaux piqueurs… A ma grande surprise, une société privée forait mes bordures de trottoirs pour poser une immonde banderole « les opticiens krys » cachant mes sculptures en exposition. Je n’en croyais pas mes yeux, je dormais encore peut-être ou avais-je besoin d’autres lunettes. Les deux jeunes sauvages me disent qu’ils ont toutes les autorisations ; Kemper avait vendu mes sculptures au tour de France ! Retenant ma colère, je leur explique qu’ils n’ont pas la principale autorisation, la mienne, que je vais arracher leurs dizaines de mètres de publicité.

J’allais de surprise en surprise. L’avant veille, la CGT avait peint ma route. Puis, le matin du tour, la ville avait repeint dessus. J’hésitais à poser une fresque sur la route, moi qui avais été condamné à 3000€ de nettoyage pour une petite bande délimitant mon terrain. Je commençais à regretter de n’avoir pas conçu le vélo géant avec des grandes seringues, étais-je devenu l’ombre de moi-même ? La seule arme qu’il me restait était mes fameuses seringues construites à la hâte. Enfin, avec l’aide de la police, je réussis à faire enlever la banderole qui polluait mes œuvres d’art.

Pour prouver que je suis un artiste, je déployais un oiseau géant qui dans ses griffes pouvait lancer les seringues tel un bombardier de la réussite sportive. Mais les CRS dédiés à surveiller le rond point de tous les dangers, bridait l’extension de la grue. Alors, pendant que la caravane du tour, les marchands du temple, admirait les belles sculptures monumentales en acier et nous lançait des cadeaux comme à des singes, Bécassine haranguait la foule, dansant avec sa seringue en métal prête à donner la potion magique aux coureurs. Les policiers furent très courtois avec Bécassine et les CRS lui laissèrent la vie sauve. Elle remballa quelques seringues, laissa l’avion B52 en haut d’une grue qui enfin se déplia complètement. Comment Kemper a-t-elle pu oublier ses artistes, les sacrifier sur l’autel de la finance, eux qui étaient là avant, qui seront présent après ? Avant et après le tour !

Est-il vrai que lors du passage du tour, le parcours est privatisé, que le domaine public ne nous appartient plus, qu’ils peuvent taguer les routes, détruire les ronds points et poser de la publicité n’importe où ? »

I
Marc MORVAN, alias Bécassine.
Marin Pêcheur, Sculpteur, Poète breton

Interview, le 30 juillet 2018.
Marc_MORVAN - Bécassine au Tour de France 2018. Photo Marc ROHNER (8427)
Marc MORVAN - Bécassine au Tour de France 2018. Photo Sophie COLLOREC (904)
Marc_MORVAN - Bécassine au Tour de France 2018. Photo Marc ROHNER (8446)
Marc_MORVAN - Bécassine au Tour de France 2018. Photo Marc ROHNER (8441)